16.11.2011
Régionalisation: catastrophe: enseignement 3
4 témoignages de directeurs
1 Willot J.-M. (principal du collège Saint-Augustin (Enghien)), A chacun ses priorités!, LB 27/12/2001
Quel1es mesures concrètes comptez-vous prendre pour revaloriser pécuniairement et surtout moralement la fonction enseignante entre 2001 et 2004? 2. Quelles mesures comptez-vous prendre entre 2001 et 2004 pour donner un enseignement de qualité aux élèves en âge de scolarité?
Aujourd'hui, 5 novembre 2001, aucun politique, à l'exception d'Anne-Marie Corbisier, n'a apporté de réponses à ces deux questions.
Mais entre-temps, nos éminences ministérielles distribuent des adresses e-mail aux élèves du fondamental, s'inquiètent du poids des cartables, se croient obligées de préciser le contenu sémantique du terme "environ" pour préciser la durée des devoirs, dissertent sur les vertus des cours en immersion linguistique, se posent la question de l'utilité des réseaux, créent la Vitrine des Métiers, font semblant de se préoccuper du personnel technique des écoles, sans se rendre compte que les écoles se vident d'enseignants. Et on nous demande en plus de réussir des performances.
A chacun ses priorités !
2 Leturcq Didier (Namur), L'enseignement, pour « vieux travailleurs» ?, LS 16/07/04
J'ai pris connaissance de l'avis de la FEB. Je souhaite réagir au plan de la FEB qui prévoit, pour maintenir les travailleurs actifs jusqu'à 60 ans, de recycler les seniors vers d'autres métiers, « comme l'enseignement par exemple ».
L'enseignement a besoin, pour assurer mieux ses missions d'être épaulé par la société et non pas d'être caricaturé d'une telle manière. Qui peut, sérieuse ment, croire que les fatigués de l'entreprise vont, sans aucune formation pédagogique, motiver les classes d'adolescent(e)s qui pourraient lui être confiées?
3 Loodts Jean (ingénieur, directeur honoaire, ministère de l’Education), Adieu à l’enseignement technique, LS 10/07/2005
Le Contrat stratégique de la ministre Arena fusionne en une seule appellation « enseignement qualifiant » les enseignements technique et professionnel. (...)
Nous nous étonnons car l'importance de la formation à la technologique n'a jamais échappé à l'attention des pédagogues : il fut un temps où cette formation était obligatoire dans l'enseignement général.
Notre étonnement est aussi conforté par les plaintes des entreprises qui
concernent un manque de formation adéquat des demandeurs d'emploi. En plus, la richesse de nos formations grâce à la multiplicité des orientations et filières dans les études secondaires a été reconnue.
Enfin, observant les structures des entreprises, nous constatons qu'à côté des dirigeants et cadres existe une classe de techniciens, laquelle forme la transition nécessaire entre l'organisation et l'imagination au service de la productivité d'une part, et le travail de réalisation en atelier d'autre part.
Comment se passer de ces techniciens, maltres d'œuvre de la production et qui sont, souvent, les créateurs des petites et moyennes entreprises, espoirs d'une économie belge en renouveau (création des emplois, dynamisme économique...) ?
En suivant ces nouvelles directives, la formation à la conduite des machines outils de haute précision à commande numérique, la formationen optométrie ou la formation en électronique et informatique relèveront des mêmes exigences de base, horaires, pédagogies et structures légales que les formations de bouchers, de coiffeurs, d'aides sanitaires, formations reconnues plus gestuelles que technologiques !
Bien entendu, les formations qualifiantes à haute exigence en formation générale s'obtiendront, sans doute, au niveau supérieur. Mais on peut, à juste titre, plaider que ces spécialisations nécessitent une tournure d'esprit propre et que le parcours 'par les humanités techniques etait idéal, car il développait une importante motivation des élèves et assurait une réponse polyvalente aux exigences des employeurs par la certification de plusieurs niveaux de techniciens.
La coexistence, parfois dans le même établissement d'enseignement secondaire, d'un enseignement général, technique et professionnel était une organisation riche car elle permettait d'orienter, avec succes, la scolarité d'importantes populations scolaires. Si l'objectif recherché est lié .aux faibles résultats de la Belgique dans les études de l'OCDE (Pisa, comparaison des niveaux d'élèves terminant les études secondaires) et que l'on cherche à améliorer ces résultats par une réorganisation de l'enseignement - en rangeant les techniques dans la même catégorie que les études professionnelles et favorisant le départ de nombreux élèves des filières classiques vers les Cefa -, il convient cependant d'avertir qu'améliorer la position du pays dans la classification de l'OCDE se fera, sans doute, au détriment d'une adaptation des jeunes aux exigences sociétales de notre économie.
On doit étudier les aléas des efforts de démocratisation de notre enseignement et se poser la question: l'abandon de la diversité des enseignements général, technique et professionnel n'estil pas en corrélation avec l'abandon de la pédagogie de la réussite ?
A partir d'un enseignement « rénové » qui cherchait la meilleure adaptation des filières aux élèves, l'effort de démocratisation de l'enseignement s'est dispersé dans de multiples directions, dont le résultat le plus probant fut la réduction du caractère d'adaptation de notre enseignement aux populations scolaires.
Il importerait donc de revoir la justification de ces mesures parmi lesquelles nous citons : la garantie offerte aux élèves débutant le cycle d'y rester deux ans au moins; le report en fin de seconde année, soit après le premier cycle, des délibérations du corps professoral officialisant ou non la réussite de l'élève; des délibérations scolaires qui peuvent être infirmées par des instances extérieures lors d'une plainte (érosion du pouvoir décisionnel du conseil de classe) ; la suppression des premières années des sections de technique inférieur; la promotion des études professionnelles comme seule solution aux difficultés scolaires ; les difficultés d'équipement vécues par les sections techniques ; la disparition des instituts d'enseignement technique remplacés par des athénées...
Il y a, malheureusement, des cas où la démocratisation de l'enseignement est refusée. Par exemple, l'existence même d'écoles ghettos (où la proportion d'éleves peu motivés est plus élevée que dans la moyenne des autres ecoles) et celle d'écoles secondaires qui se veulent « sélectives ", où l'inscription d'élèves venant du primaire est conditionnée par un pourcentage de réussite précisé. Radier ces sélectivités outrancières est, sans doute, un devoir de justice envers les jeunes.
Il faut remarquer que chaque fois que le législateur organise une formation destinée à des élèves « marginaux ", il est rapidement confronté à des pressions morales pour conférer à cette filière nouvellement créée, des droits identiques à ceux des sections « fortes ».
On tente maintenant d'y voir clair en faisant le vide et notre enseignement technique, en difficulté par suite du manque d'intérêt des pouvoirs politiques à son égard, est donc maintenant condamné à disparaître. S'agit-il d'une disparition programmée des classes moyennes de techniciens ?
Indiscutablement, l'enseignement belge voyage dans un certain brouillard. La fusion (vers le bas!) de l'enseignement technique et professionnel ne nous semble pas justifiée et nécessiterait de sérieux débats.
Nous pensons, toutefois, que la boucle est bouclée et qu'il faudrait, en Communauté française, un enseignement... rénové et sans doute obliger la ministre à quelques formations et stages en usine... !
4 Jean-Marie Willot, Ceci est une fiction ?, LB 31/01/2007
LES DÉBATS TÉLÉVISÉS DE CE DIMANCHE ONT ÉTÉ STUPÉFIANTS.
On espérait toujours voir apparaître la mention : "Ceci est une fiction." En effet, entendre une ministre en charge de l'Enseignement primaire et secondaire déclarer que personne ne lui avait dit qu'il fallait augmenter le nombre de surveillants éducateurs pour assurer une discipline minimum -une convivialité préféreront certains-dans les écoles; entendre cela est inquiétant quant à sa connaissance des problèmes de son département Entendre ensuite la même ministre déclarer qu'elle est incapable de modifier la décision de son administration d'utiliser un test d'évaluation pour le moins douteux dans le contexte actuel; entendre cela devient dramatique.
Mais surtout entendre affirmer que ceux, qui à juste titre refuseraient de les utiliser, se verraient imposer des sanctions, notamment des retraits de subsides; entendre cela devient de la mesquinerie provocatrice. Quelles sanctions seront prises contre ceux qui ont "élucubré" ces évaluations ? Un minimum de bon sens eût été de postposer de quelques semaines une épreuve dont on connaît par avance les résultats. A qui veut-on donner bonne conscience ? Après cette brillante prestation ministérielle qui montre une fois de plus le peu de considération pour la fonction enseignante, l'ancien directeur d'enseignement secondaire que je suis, ne peut qu'encourager ses collègues à se convaincre qu'en dépit des politiques, l'enseignement reste le plus beau métier du monde. Bonne chance à vous pour persuader vos élèves majeurs qu'il faut voter le 10 juin pour des partis démocratiques, parce qu'ils sont les seuls à avoir le sens de l'Etat et à se préoccuper des vraies valeurs. Et pourtant, il faudra envers et contre tout dire et proclamer qu'il n'y a pas d'autres alternatives si on veut continuer à vivre en dé- mocratie. Quant à la ministre, je l'invite à méditer sur le sort que réserve à Don Pedro le roi Ferrante dans "La Reine Morte" d'Henri de Montherlant : il condamne son fils pour "médiocrité".
18:39 Écrit par Justitia et Veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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