24/05/2017

Régionalisation: catastrophe: enseignement 3

4 témoignages de directeurs

 

 

1 Willot J.-M. (principal du collège Saint-Augustin (Enghien)), A chacun ses priorités!, LB 27/12/2001

Quel les mesures concrètes comptez-vous prendre pour revaloriser pécuniairement et surtout moralement la fonction enseignante entre 2001 et 2004? 2. Quelles mesures comptez-vous prendre entre 2001 et 2004 pour donner un enseignement de qualité aux élèves en âge de scolarité?

Aujourd'hui, 5 novembre 2001, aucun politique, à l'exception d'Anne-Marie Corbisier, n'a apporté de réponses à ces deux questions.

Mais entre-temps, nos éminences ministérielles distribuent des adresses e-mail aux élèves du fondamental, s'inquiètent du poids des cartables, se ­croient obligées de préciser le contenu sémantique du terme "environ" pour préciser la durée des devoirs, dissertent sur les vertus des cours en immersion linguistique, se posent la question de l'utilité des réseaux, créent la Vitrine des Métiers, font semblant de se préoccuper du personnel technique des écoles, sans se rendre compte que les écoles se vident d'enseignants. Et on nous demande en plus de réussir des performances.

A chacun ses priorités !

 

2 Leturcq Didier (Namur), L'enseignement, pour « vieux travailleurs» ?, LS 16/07/04

J'ai pris connaissance de l'avis de la FEB. Je souhaite réagir au plan de la FEB qui prévoit, pour maintenir les travailleurs actifs jusqu'à 60 ans, de recycler les seniors vers d'autres métiers, « comme l'enseignement par exemple ».

L'enseignement a besoin, pour assurer mieux ses missions d'être épaulé par la société et non pas d'être caricaturé d'une telle manière. Qui peut, sérieuse ment, croire que les fatigués de l'entreprise vont, sans aucune formation pédagogique, motiver les classes d'adolescent(e)s qui pourraient lui être confiées?

 

3 Loodts Jean (ingénieur, directeur honoraire, ministère de l’Education), Adieu à l’enseignement technique, LS 10/07/2005

Le Contrat stratégique de la ministre Arena fusionne en une seule appellation « enseignement qualifiant » les enseignements technique et professionnel. (...)

Nous nous étonnons car l'im­portance de la formation à la technologique n'a jamais échap­pé à l'attention des pédago­gues : il fut un temps où cette formation était obligatoire dans l'enseignement général.

Notre étonnement est aussi conforté par les plaintes des en­treprises qui

concernent un man­que de formation adéquat des demandeurs d'emploi. En plus, la richesse de nos formations grâ­ce à la multiplicité des orienta­tions et filières dans les études secondaires a été reconnue.

Enfin, observant les structures des entreprises, nous constatons qu'à côté des dirigeants et ca­dres existe une classe de techni­ciens, laquelle forme la transi­tion nécessaire entre l'organisa­tion et l'imagination au service de la productivité d'une part, et le travail de réalisation en ate­lier d'autre part.

Comment se passer de ces techniciens, maltres d'œuvre de la production et qui sont, sou­vent, les créateurs des petites et moyennes entreprises, espoirs d'une économie belge en renou­veau (création des emplois, dy­namisme économique...) ?

En suivant ces nouvelles direc­tives, la formation à la conduite des machines outils de haute pré­cision à commande numérique, la formationen optométrie ou la formation en électronique et in­formatique relèveront des mê­mes exigences de base, horaires, pédagogies et structures légales que les formations de bouchers, de coiffeurs, d'aides sanitaires, formations reconnues plus ges­tuelles que technologiques !

Bien entendu, les formations qualifiantes à haute exigence en formation générale s'obtien­dront, sans doute, au niveau su­périeur. Mais on peut, à juste ti­tre, plaider que ces spécialisa­tions nécessitent une tournure d'esprit propre et que le par­cours 'par les humanités techni­ques etait idéal, car il dévelop­pait une importante motivation des élèves et assurait une répon­se polyvalente aux exigences des employeurs par la certifica­tion de plusieurs niveaux de techniciens.

La coexistence, parfois dans le même établissement d'enseigne­ment secondaire, d'un enseigne­ment général, technique et pro­fessionnel était une organisation riche car elle permettait d'orien­ter, avec succes, la scolarité d'im­portantes populations scolaires. Si l'objectif recherché est lié .aux faibles résultats de la Belgi­que dans les études de l'OCDE (Pisa, comparaison des niveaux d'élèves terminant les études se­condaires) et que l'on cherche à améliorer ces résultats par une réorganisation de l'enseigne­ment - en rangeant les techni­ques dans la même catégorie que les études professionnelles et favorisant le départ de nom­breux élèves des filières classiques vers les Cefa -, il convient cependant d'avertir qu'améliorer la position du pays dans la classi­fication de l'OCDE se fera, sans doute, au détriment d'une adap­tation des jeunes aux exigences sociétales de notre économie.

On doit étudier les aléas des efforts de démocratisation de no­tre enseignement et se poser la question: l'abandon de la diver­sité des enseignements général, technique et professionnel n'est­il pas en corrélation avec l'aban­don de la pédagogie de la réus­site ?

A partir d'un enseignement « rénové » qui cherchait la meil­leure adaptation des filières aux élèves, l'effort de démocratisa­tion de l'enseignement s'est dis­persé dans de multiples direc­tions, dont le résultat le plus probant fut la réduction du ca­ractère d'adaptation de notre enseignement aux populations scolaires.

Il importerait donc de revoir la justification de ces mesures parmi lesquelles nous citons : la garantie offerte aux élèves débu­tant le cycle d'y rester deux ans au moins; le report en fin de se­conde année, soit après le pre­mier cycle, des délibérations du corps professoral officialisant ou non la réussite de l'élève; des délibérations scolaires qui peu­vent être infirmées par des ins­tances extérieures lors d'une plainte (érosion du pouvoir déci­sionnel du conseil de classe) ; la suppression des premières an­nées des sections de technique inférieur; la promotion des étu­des professionnelles comme seu­le solution aux difficultés scolai­res ; les difficultés d'équipement vécues par les sections techni­ques ; la disparition des instituts d'enseignement technique rem­placés par des athénées...

Il y a, malheureusement, des cas où la démocratisation de l'en­seignement est refusée. Par exemple, l'existence même d'éco­les ghettos (où la proportion d'éleves peu motivés est plus élevée que dans la moyenne des au­tres ecoles) et celle d'écoles se­condaires qui se veulent « sélecti­ves ", où l'inscription d'élèves venant du primaire est condition­née par un pourcentage de réus­site précisé. Radier ces sélectivi­tés outrancières est, sans doute, un devoir de justice envers les jeunes.

Il faut remarquer que chaque fois que le législateur organise une formation destinée à des élè­ves « marginaux ", il est rapide­ment confronté à des pressions morales pour conférer à cette fi­lière nouvellement créée, des droits identiques à ceux des sec­tions « fortes ».

On tente maintenant d'y voir clair en faisant le vide et notre enseignement technique, en diffi­culté par suite du manque d'inté­rêt des pouvoirs politiques à son égard, est donc maintenant con­damné à disparaître. S'agit-il d'une disparition programmée des classes moyennes de tech­niciens ?

Indiscutablement, l'enseigne­ment belge voyage dans un cer­tain brouillard. La fusion (vers le bas!) de l'enseignement techni­que et professionnel ne nous semble pas justifiée et nécessite­rait de sérieux débats.

Nous pensons, toutefois, que la boucle est bouclée et qu'il fau­drait, en Communauté françai­se, un enseignement... rénové ­et sans doute obliger la ministre à quelques formations et stages en usine... !

 

4 Jean-Marie Willot, Ceci est une fiction ?, LB 31/01/2007

 

LES DÉBATS TÉLÉVISÉS DE CE DI­MANCHE ONT ÉTÉ STUPÉFIANTS.

On espérait toujours voir apparaître la mention : "Ceci est une fiction." En effet, entendre une ministre en charge de l'Enseignement primaire et secon­daire déclarer que personne ne lui avait dit qu'il fallait augmenter le nom­bre de surveillants éducateurs pour assurer une discipline minimum - une convivialité, préféreront certains-d ans les écoles; entendre cela est in­quiétant quant à sa connaissance des problèmes de son département Entendre ensuite la même ministre déclarer qu'elle est incapable de mo­difier la décision de son administra­tion d'utiliser un test d'évaluation pour le moins douteux dans le con­texte actuel; entendre cela devient dramatique.

 

Mais surtout entendre affirmer que ceux, qui à juste titre refuseraient de les utiliser, se verraient imposer des sanctions, notamment des retraits de subsides; entendre cela devient de la mesquinerie provocatrice. Quelles sanctions seront prises con­tre ceux qui ont "élucubré" ces éva­luations ? Un minimum de bon sens eût été de postposer de quelques se­maines une épreuve dont on connaît par avance les résultats. A qui veut-on donner bonne conscience ? Après cette brillante prestation mi­nistérielle qui montre une fois de plus le peu de considération pour la fonc­tion enseignante, l'ancien directeur d'enseignement secondaire que je suis, ne peut qu'encourager ses collè­gues à se convaincre qu'en dépit des politiques, l'enseignement reste le plus beau métier du monde. Bonne chance à vous pour persuader vos élèves majeurs qu'il faut voter le 10 juin pour des partis démocrati­ques, parce qu'ils sont les seuls à avoir le sens de l'Etat et à se préoccuper des vraies valeurs. Et pourtant, il faudra envers et contre tout dire et procla­mer qu'il n'y a pas d'autres alternati­ves si on veut continuer à vivre en démocratie. Quant à la ministre, je l'in­vite à méditer sur le sort que réserve à Don Pedro le roi Ferrante dans "La Reine Morte" d'Henri de Monther­lant : il condamne son fils pour "mé­diocrité".

 

 

 

 

 

 

 

23:09 Écrit par Justitia et Veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |